Confiture de Melon d’Hiver

Merci à Francis de m’avoir apporté ce gros fruit/légume – courge/melon (?) en provenance de son jardin bordelais …     À la suite d’autres « grand-mères », je l’ai transformé en une merveille de confiture!

Merci à l’écrivain Denis Montebello, nouvel ami à la mode trans-net de m’autoriser à citer ce beau texte rédigé autour d’une certaine mélancolie gourmande !

« C’est une drôle de chose que ce melon d’eau. Un fantôme, un symptôme. Présent dans tous les jardins, dans toutes les mémoires, au premier rang des confitures de grand-mère, il semble exclu de la famille. De la grande famille des cucurbitacées. Privé de nom. On ne le trouve pas, ni dans les catalogues de graines rares et anciennes, au point qu’on se demande s’il n’était pas déjà, de son vivant, une survivance. Et maintenant qu’il a disparu de nos tartines, il confirme, par son absence, que l’extrême mobilité du genre melon rend fort difficile l’établissement d’une classification raisonnée. Ce fruit est un faux-fruit, et très polymorphe. Une fausse baie. Comme le concombre, la courge ou la pastèque. Sa peau est celle de la pastèque, lisse et inodore, d’une couleur allant du vert foncé au vert pâle et veiné de jaune. Mais la chair de notre melon d’eau est blanche, ses graines sont rouges, et il n’est pas directement comestible. D’où la confusion, parfois, avec la courge gigérine ou citre qui fait partie, en Provence, des 13 desserts de Noël. Toutefois cette pastèque à confiture est un obus verdâtre, tandis que notre melon d’eau est sphérique. Et on n’est pas au Japon où, pour qu’elle soit plus facile à empiler, à stocker, on a rendu la pastèque cubique. En la faisant pousser dans des bocaux.

Lui il reste au jardin. Fidèle à cette terre qui l’a si bien accueilli. Une sorte d’hôte permanent car semé en avril, cueilli en octobre, jusqu’en novembre, il est, un peu avant ou après Noël, délesté de sa peau, de ses pépins, coupé en petits morceaux qui seront cuits avec leur poids de sucre et deux oranges, deux citrons non traités, dont on utilisera et les zestes et le jus. C’est l’étranger du banquet, on le dit de Moscovie en Charente, mais il vient d’Afrique, de l’Inde ou de la Perse. Via l’Égypte, la Grèce, Rome, et l’Italie de la Renaissance. Il vient nous aider à passer l’hiver et à tenir jusqu’au prochain printemps. On l’a vite adopté, on le traite comme un fils, comme le cochon qu’on élève pour les mêmes raisons et qui saura, lui aussi, se montrer reconnaissant. Généreux. Le goret qui meloune dans son toit. Ce qu’il dit? Que dans cet animal rien n’est bon. Il parle du melon. Il parle entre les dents. Mais on a compris. Qu’il vaut mieux ne pas le manger comme un vulgaire cantaloup. Oublier, si par erreur on a mordu dedans, ce goût de concombre. En revanche, en confiture, c’est l’été toute l’année. Un été comme on n’en a jamais eu. Comme on n’en aura jamais. C’est le paradis à portée de main. En haut de l’armoire. Celui qui y a goûté une fois n’en sera plus chassé.

Ce serait sans doute exagéré d’en faire un marqueur identitaire, l’équivalent du melon et du pineau. Cette confiture de melon d’eau ne sait pas se vendre. Si elle est présente, c’est dans les conversations, au détour d’une discussion, sur un forum où l’on échange ses recettes, où l’on évoque sa grand-mère saintongeaise. Sa grand-mère et ses confitures. La confiture de melon d’eau a un goût d’enfance, d’enfance heureuse. C’est l’antidote rêvé à l’exil, ou à ce qui est ressenti comme tel, l’image, forcément sphérique, du bonheur, d’un bonheur parfait. Perdu ou introuvable quand comme moi on ne l’a pas connu. On a beau le chercher sur l’écran, faire tourner le petit globe en haut à gauche, on ne le trouve pas. Ce melon qui n’est pas un melon. Ni une pastèque. Ou une pastèque à confiture. Comme cette courge appelée gigérine (parce que de Jijel, en Algérie) ou barbarine, et ce n’est pas une courge. Le melon d’eau n’existe que dans les souvenirs, les rêves de ceux qui le racontent. Il n’existe pas. En dehors des pots de confiture qu’on vous offre afin que vos mots accrochent des choses. Qu’ils les mettent devant les yeux de ceux qui vous lisent, qu’ils aient tâté ou pas de cette confiture.

Afin qu’ils voient ce globe terrestre. Avant qu’il ne devienne carré et sans pépins. Ne dirait-on pas le Globe vert attribué à Martin Waldseemüller (Saint-Dié, 1506)? Vert plus ou moins foncé, et veiné de jaune. Des marbrures imitant le marbre. Le fameux porphyre vert antique, qu’on extrayait à Lacédémone. Et ce jaune miel, n’est-ce pas le giallo antico? Celui qui fit la réputation de Chemtou. J’y entamai, si je puis dire, ma carrière. Et rien n’arrête plus mon char, qui dégringole dans la forêt en direction de Tabarka. Où on embarquera non seulement des colonnes, mais aussi des statues de barbares ou de bêtes sauvages.

La confiture de melon d’eau ferait vite oublier la différence entre mappemonde et globe terrestre. Elle nous rappellerait non moins rapidement que cette mappe est une nappe, et que c’est le monde que nous invitons à notre table. À un voyage que nous sommes conviés. Et à remonter le temps. « 

Texte de Denis Montebello

http://cotojest.over-blog.com/article-la-confiture-de-melon-d-eau-109943707.html

La recette :

Après avoir réussi à prélever un premier morceau de ce gros ballon à la carapace dure de fruit oublié, il vous faudra le débarrasser de ses pépins rouge et détacher la chair d’eau et insipide (à cru) de son écorce, tranche par tranche. Débitez la chair du fruit en cubes de 2 cm de côté environ, jusqu’à en obtenir 1,5 kg.

Dans une terrine de verre de porcelaine ou d’inox, mélangez les dés de fruit avec 50 g de gingembre frais pelé et haché grossièrement et 2 citrons verts (bio) préalablement lavés, coupés en quatre et émincé en très fines lamelles, ajoutez 1kg de sucre, couvrez et laissez reposer 5 à 6 heures.

Ce temps passé, il ne vous restera plus qu’à faire cuire cette confiture à feu très doux en mélangeant régulièrement jusqu’à ce que les dés de fruits deviennent presque translucides. (1h15 à 1h30 environ, sans couvrir!).

Comme pour toutes autres confitures, versez-la, bouillante, dans des pots fraichement ébouillantés et séchés, vissez le couvercle et retournez immédiatement le pot à l’envers jusqu’à refroidissement. Puis remettez les pots à l’endroit. Entreposez-les dans un endroit sombre et frais, mais attention à l’humidité des caves et des garages qui risque d’attaquer les couvercles.

Avec un seul fruit, vous obtiendrez de quoi faire 3,5 kg environ de chair … soit 8 à 10 pots.

Variez les plaisirs, en remplaçant le citron pas de l’orange, le gingembre par une gousse de vanille. Ou, faites comme mon amie Claudine qui ajoute du rhum … un vrai régal !

2 réponses à Confiture de Melon d’Hiver

  1. Merci de m’accueillir. Heureux de partager ici les mets et les mots.

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